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Transformation 2.0, et si on arrĂȘtait de parler technologie pour se concentrer sur sa raison d'ĂȘtre?

  • Alexandre GAILLOUSTE
  • 3 fĂ©vr. 2021
  • 4 min de lecture

Transformation numĂ©rique. Le mot est galvaudĂ©, brandi Ă  toutes les sauces pour dĂ©signer ce dĂ©fi qui se pose aux entreprises, sommĂ©es de digitaliser pour (sur)vivre et assurer leur croissance et pĂ©rennitĂ©. En essayant d’y rĂ©pondre, il est aisĂ© de tomber dans l’écueil du solutionnisme technologique, comme si le digital se rĂ©sumait Ă  la technique. Pour maĂźtriser la complexitĂ© des champs d’opportunitĂ©s comme de contraintes qu’ouvre le numĂ©rique, l’entreprise doit avant tout travailler sa singularitĂ© et retrouver une saine verticalitĂ©.


Disons-le d’emblĂ©e : non, il n’y a pas de transformation numĂ©rique, mais une adaptation et une Ă©volution continuelle dans un univers digital. Si l’expression a le mĂ©rite de permettre un langage commun et de qualifier la disruption que le numĂ©rique provoque Ă  tous les Ă©tages de l’entreprise, quel que soit le secteur d’activitĂ©, elle dĂ©tourne les dirigeants de l’essentiel. Ainsi, la transformation numĂ©rique sous-entend qu’il s’agit de passer d’un Ă©tat A profondĂ©ment insatisfaisant Ă  un Ă©tat B hautement dĂ©sirable. Cette vision ne permet pas de tenir compte de ce qui fait la force d’une entreprise Ă  l’instant T, ni d’apprĂ©hender la nature du changement de paradigme Ă  l’ùre numĂ©rique.


Un changement de paradigme total

À l’instar d’un systĂšme vivant qui Ă©volue dans un environnement mouvant, instable et complexe, l’entreprise est de moins en moins cette entitĂ© Ă©conomique figĂ©e, et de plus en plus un rĂ©seau organique dont la crĂ©ation de valeur (y compris au sens sociĂ©tal et environnemental !) naĂźt des interactions avec son Ă©cosystĂšme. Cette hyperconnectivitĂ© est en grande partie permise par l’accĂ©lĂ©ration technologique, que l’on pense au cloud, aux rĂ©seaux sociaux ou Ă  l’internet des objets. Mais elle projette l’entreprise dans un environnement VUCA (Volatility, Uncertainty, Complexity, Ambiguity), le plus souvent vĂ©cu comme une contrainte. Abolition de l’espace-temps, remise Ă  plat des hiĂ©rarchies, multiplication des points de contact, dĂ©passement des seules capacitĂ©s humaines : le changement de paradigme n’est pas une option, et travailler sur cette prise de conscience est indispensable.


Le solutionnisme technologique : un biais contre-productif

Mais attention Ă  ce que ce sentiment d’urgence soit au bon niveau : bien trop souvent, les dirigeants pensent que la maĂźtrise de cette complexitĂ© repose sur l’implĂ©mentation technologique. Or le digital n’est pas tant une question d’outils que de comportements. Prenez l’exemple des rĂ©seaux sociaux d’entreprise : le management souhaite mettre en place un tel rĂ©seau pour « casser les silos », voire « crĂ©er de l’agilitĂ© ». Mais ce n’est parce que vous implĂ©mentez Yammer ou Teams que les collaborateurs vont davantage se parler.

La problĂ©matique n’est pas technique mais comportementale et culturelle : il faut d’abord comprendre les (parfois bonnes) raisons pour lesquelles les salariĂ©s n’ont pas l’habitude de collaborer, et comment crĂ©er un dĂ©sir commun, avant ensuite de les outiller.

Par ailleurs, si le solutionnisme technologique rassure les Comex en apparaissant maĂźtrisable, il risque au final de ne pas ĂȘtre la bonne boussole pour guider son entreprise. Drones hier, IOT et blockchain aujourd’hui
 Face Ă  la complexitĂ© et au tourbillon des possibles technologiques, l’entreprise peut vite se retrouver dans une fuite en avant qui la dĂ©tourne de l’essentiel  : construire un engagement commun de toutes les parties prenantes pour viser une performance durable, au service de laquelle doivent se positionner les outils digitaux. Le dĂ©bat commence cependant Ă  se poser en ces termes. Signe et symptĂŽme de cette prise de conscience, le mot purpose est en passe de devenir le nouveau buzzword du marchĂ© de la transformation numĂ©rique. Et ce sera amplement justifiĂ©. Car dans le sens rĂ©side l’enjeu : plus il y a de digital et donc de complexitĂ© et d’incertitude, plus il y a nĂ©cessitĂ© de travailler sa singularitĂ© et sa verticalitĂ©.


Retrouver singularitĂ©, verticalitĂ© et raison d’ĂȘtre.

Quelle est la raison d’ĂȘtre de mon entreprise ? Qu’est-ce qui anime mes parties prenantes (clients, fournisseurs, employĂ©s, actionnaires) ? Qu’est-ce qui fait la valeur de mon Ă©cosystĂšme ? Qu’est-ce qui fait MA valeur dans mon Ă©cosystĂšme ? Ce sont ces questions qui, in fine, constituent la matrice de mon organisation, et la boussole de mon action. DĂ©finir sa raison d’ĂȘtre et la partager avec son environnement pour qu’il se l’approprie est fondamental pour naviguer sereinement dans les eaux troubles et imprĂ©visibles du numĂ©rique oĂč chaque innovation technique vient chasser la prĂ©cĂ©dente. Au risque sinon de devenir, tel le lapin pris dans les phares, l’otage de modes technologiques et de perdre son alignement et sa cohĂ©rence.

On l’oublie souvent mais la singularitĂ© d’un Netflix ne rĂ©side pas tant dans son dispositif algorithmique de distribution et de personnalisation de contenus audiovisuels que dans sa mission d’offrir du divertissement (« be the fuel for entertainment »). C’est ce qui lui a permis de pivoter deux fois en 20 ans, passant de loueur de DVD Ă  diffuseur, puis producteur de contenu. Savoir qui l’on est permet de tirer parti des Ă©volutions technologiques et business sans se laisser enfermer dans un paradigme dĂ©passĂ©. Ce n’est pas une question d’intelligence ou de connaissance, encore moins d’outils (le board de Blockbuster avait toutes les informations utiles et a mĂȘme essayĂ© de « digitaliser » sa distribution de DVD
 avant que cette entreprise leader sur son marchĂ© ne s’effondre en moins de 5 ans).

Plus une entreprise rentre (de grĂ© ou de force) dans cet univers digital, plus elle a besoin de retrouver sa colonne vertĂ©brale. S’intĂ©resser Ă  ce qui ne doit pas changer pour mieux dĂ©finir ce qui doit Ă©voluer. Et mettre les outils digitaux au service de l’expression de sa valeur intangible. À l’image d’un arbre qui ne peut tutoyer le ciel qu’à la condition d’avoir construit et dĂ©veloppĂ© de solides racines, l’entreprise doit revenir Ă  une saine verticalitĂ© et Ă  un alignement. Autrement dit, « avoir la tĂȘte dans les nuages [le cloud], certes, mais les pieds sur terre ! »




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