Pourquoi rencontrons nous des difficultés pour nous concentrer lorsque nous sommes stressé ?

Dernièrement, je me suis fait reprendre par mon responsable hiérarchique, sur un dossier que je pensais avoir bien fait. Sur le coup je ne l’ai pas mal pris mais maintenant je n’arrête pas d’y penser. Du coup ces derniers temps, je me sens stressé et surtout je me suis rendu compte que je rencontrais des difficultés pour me concentrer au travail.  En effet, alors qu’il me fallait à peine une heure pour traiter un dossier, il me faut aujourd’hui plus de 2 heures et encore pour un résultat qui ne me satisfait pas toujours. C’est ennuyant car les informations sont présentent dans ma tête mais quand arrive le moment où je dois les sortir de ma tête et les organiser, je n’y arrive pas. Cela me rappelle d’ailleurs lorsque je passais mes examens. Je révisais pendant des heures et puis le jour des examens à cause du stress je rencontrais un gros blocage. Le plus énervant, c’est que l’examen passé et la pression diminuée, je me souvenais de tout et j’arrivais très bien à organiser mes idées. Sauf qu’il était un trop tard.

En regard de ces 2 situations, se peut-il que le stress puisse interférer avec nos performances cognitives, et plus précisément sur notre capacité à  nous concentrer ?

D’après les résultats de nombreuses études scientifiques, il semblerait en effet que le stress puisse « paralyser » la partie du cerveau « pensant » (le cortex préfrontal) siège de la mémoire à court terme (également appelée mémoire de travail), intimement impliquée dans la mobilisation et l’organisation de représentations mentales éparpillées un peu partout dans notre cerveau. C’est ce que révèle cette étude neuroscientifique :

  • Murphy BL et al, 1996, a mis en évidence dans son étude que le stress peut altérer la mémoire de travail via un dysfonctionnement du cortex préfrontal.

 

Pour cela, les auteurs ont utilisé un dispositif ressemblant à un labyrinthe en forme d’étoile. Il s’agit d’un dispositif possédant un élément central sur lesquels sont greffés plusieurs bras. Le but étant de placer la souris au centre du dispositif et de regarder à chaque reprise quel est le bras exploré.

 

Au cours de cette étude, les auteurs ont constaté que de manière spontanée les souris « normales » exploraient un nouveau bras à chaque reprise. Les souris étaient donc en mesure de se souvenir les différents chemins parcourus pour explorer à chaque nouvelle reprise toujours un nouveau chemin. Ces résultats leur ont permis de mettre en évidence que le cortex préfrontal impliqué dans la mémoire de travail, nécessaire pour se ressouvenir des chemins dernièrement parcourus,  fonctionnait très bien.

 

Dans une deuxième partie de l’étude, les auteurs ont stressé les animaux. Les auteurs ont alors constaté que les souris « stressées » mettaient beaucoup de temps pour choisir le bras qu’elles allaient explorer et que certaines d’entre elles exploraient les mêmes chemins que les fois précédentes. Les souris présentaient donc des difficultés à se ressouvenir des chemins déjà parcourus. Ces résultats ont permis aux auteurs de mettre en évidence que le stress interférait avec le fonctionnement du cortex préfrontal impliqué dans la mémoire de travail.

 

En parallèle des études complémentaires ont démontré comment le stress altère le fonctionnement du cortex préfrontal :

  • Murphy BL et al, (1996) a mis démontré que l’augmentation de dopamine au niveau de cortex préfrontal en situation de stress est associée à un dysfonctionnement de la mémoire de travail.

Pour cela, les auteurs ont stimulé sélectivement le système dopaminergique au niveau du cortex préfrontal.

Les résultats de l’étude ont révélé que l’augmentation sélective de dopamine au niveau du cortex préfrontal diminuait les performances liées à la mémoire de travail. Ceci a permis aux auteurs de l’étude de démontrer qu’une activité dopaminergique excessive au niveau du cortex préfrontal est délétère pour les fonctions cognitives.

Le stress induit par toutes sortes de stimuli, perturbe le fonctionnement de notre cerveau. Parmi les structures cérébrales touchées, le cortex préfrontal se trouve être en première ligne.  Dépositaire de la mémoire de travail (également appelée à court terme), cette structure nous permet de manipuler avec aisance à certains nombres de représentations mentales de façon simultanée afin d’avoir une vision globales de la situation. On peut la comparer à la mémoire vive d’un ordinateur. Toutefois, lorsque l’activité intrinsèque de cette structure se trouve altérée, nous rencontrons des difficultés à organiser nos idées. C’est comme si nous avions tous les mots sur le bout de la langue mais que nous ne réussissions pas à formuler correctement une phrase. Grâce aux études neuroscientifiques nous savons maintenant que le stress, en augmentant l’activité dopaminergique au niveau du cortex préfrontal, altère le fonctionnement de cette structure cérébrale impliquée dans la mémoire de travail.

Conclusion

 

Pour se concentrer nous avons besoin d’avoir « accès » à notre cortex préfrontal. Toutefois, dans le cas de situations  stressantes, les émotions à fortes charge négatives vont attirer toute l’attention sur les préoccupations du moment. Cela a pour conséquence de paralyser la mémoire de travail via une suractivité du système dopaminergique ce qui conduit in fine à dysfonctionnement du cortex préfrontal. Replacé dans le contexte de l’entreprise, cela signifie que manager par le stress est contre-productif surtout si cette situation est vouée à se prolonger dans le temps.

 

 

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Pourquoi faire appel à vos souvenirs autobiographiques vous permet-il de mieux apprécier un événement ?

J’arrive d’un bon matin à une formation et puis je constate à ma grande surprise qu’on m’accueille avec une dégustation de bonbons. Mais par n’importe lesquels, il s’agit de bonbons de mon enfance. D’ailleurs je me souviens très bien des scènes dans lesquelles mes grands-parents me les offraient avec un grand sourire, les fois où on allait les visiter avec mes parents.

Très bien, mais quel est le rapport avec la formation que je vais suivre ? C’est vrai nous ne sommes plus des enfants, on a passé l’âge. Et puis, pourquoi nous offrir ces bonbons sans doute difficiles à trouver, plutôt que les bonbons à la mode que s’ingurgitent nos enfants ?

Tout simplement parce que le fait de faire appel aux souvenirs autobiographiques (qui revoie à nos expériences personnelles vécues), en l’occurrence « agréables » (les bonbons et des scènes avec nos grands-parents) suscite généralement, une émotion positive. C’est ce que révèle cette étude neuroscientifique :

  • Dans l’étude menée par Matsunaga L et al, 2011, les auteurs ont cherché à étudier les réactions physiologiques et psychologiques qui accompagnent l’activation de la mémoire autobiographique.

 

Pour cela, les auteurs de l’étude ont recruté des volontaires de sexe masculin et féminin et leur ont demandé de sentir une odeur qui pour eux leur était nostalgique.

 

Les résultats de l’étude ont indiqué que les souvenirs autobiographiques liés à une émotion positive (une odeur agréable) déclenchaient chez les participants (masculin et féminin) des états d’humeur positifs, tels que le confort et le bonheur ainsi que la diminution des états d’humeur négatifs comme l’anxiété. En outre, la fréquence cardiaque a diminuée tout comme le  niveau d’interleukine 2 (liée à l’anxiété).

Ces résultats suggèrent que lorsque nous sollicitons des souvenirs autobiographiques agréables, cela suscite généralement une émotion positive qui se traduit par des réactions psychologiques et physiologiques. Ces émotions positives ne sont qu’en fait que la résurgence des états d’humeur que nous avions ressentis par le passé.

D’autre part, une autre étude a mis en évidence que ces émotions positives liées à la remémoration des expériences passées sont inconsciemment transférées à l’évènement qui va suivre. Le climat affectif va par conséquent diminuer l’approche « systémique » que nous avons d’une situation en général. Ainsi, bercé par ce climat affectif nous avons davantage de chance d’apprécier l’événement qui va suivre. C’est ce que propose Fredrikson BL dans la théorie de l’élargissement constructif des émotions positives.

  • La théorie de Fredrickson BL (2001, 1998) postule que les cinq émotions positives que sont la joie, l’intérêt, la satisfaction, la fierté et l’amour, bien que distinctes, partagent le fait d’ouvrir momentanément le répertoire des actions et de la pensée de l’individu, et ce, de façon à construire ses ressources personnelles ; que ce soit physiquement, psychologiquement ou physiologiquement. A titre d’exemple, l’intérêt encourage l’individu à explorer, à rechercher de nouvelles informations, de nouvelles expériences et à s’impliquer personnellement dans le courant de l’activité.

Conclusion 

La mémoire autobiographique permet de nous souvenir des évènements vécus avec le contexte (date, lieu et état émotionnel). Chaque souvenir stocké dans la mémoire autobiographique est donc associé à des émotions. Par conséquent en faisant appel à un souvenir « agréable » au travers de gestes ou de produits (en l’occurrence des bonbons), les émotions positives qui y sont associées émergent elles aussi générant alors un élargissement constructif. Ainsi, en distribuant les bonbons de notre enfance cela nous rend heureux et prêt à vivre de nouvelles expériences.

Pour en savoir plus    

Matsunaga M et al, 2011. Psychological and physiological responses to odor-evoked autobiographic memory. NeuroEndocrinology Letter. 32(6): 774-80

Fredrickson BL et al, 2001. The role of positive emotions in positive psychology. The broaden-and-built theory of positive emotions. American Journal of Psychology. Mar; 56 (3): 218-26

Fredrickson BL et al, 1998. What Good are positive emotions? Review of General Psychology. Sept; 2(3): 300-319

 

 

 

Pourquoi les « bonnes » pratiques prodiguées au cours des formations sont-elles mieux retenues avant le déjeuner ?

Pourquoi les « bonnes » pratiques prodiguées au cours des formations sont-elles mieux retenues avant le déjeuner ?

 La plupart des cabinets de conseil en management proposent en plus de missions de conseil, des missions de formations. Cela leur permet de se diversifier et participent également à faire diffuser leur savoir. Ces missions de formations dans le domaine managériale s’articulent autour d’une ou de plusieurs demi-journées au cours desquelles, un formateur va transmettre aux stagiaires,  des « bonnes » pratiques managériales. La qualité d’une formation peut par conséquent se caractérisée par le taux de mémorisation des « bonnes » pratiques par les stagiaires.  Or il n’est pas rare de constater, qu’un bon nombre des « bonnes » pratiques managériales soit présenté juste avant l’heure de la pause déjeuné ou de la pause gouter.

Mais est-ce si pertinent ? Existe-t-il au cours de la journée des périodes durant lesquelles notre cerveau serait plus ou moins « disponible » pour  mémoriser une « bonne « pratique ?

Il semblerait que oui, tout simplement parce que notre cerveau a tendance à être plus disponible lorsque nous avons faim. Nous aurions donc plus de facilité à mémoriser les « bonnes » pratiques qui nous sont proposées juste avant d’aller de nous restaurer. C’est ce que révèle cette étude neuroscientifique :

  • Dans une étude publiée par S.Diano et al. (2006), elle met en évidence qu’une hormone intestinale, la ghréline, sécrétée par le tube digestif lorsque nous avons faim, a un effet sur le cerveau et notamment sur les processus mémoriels.  Des études précédente avaient déjà mis détectée la présence de cette hormone de la « faim » dans le cerveau, sans toutefois réussir à expliquer les raisons de cette présence.

 Pour démontrer le rôle de la ghréline au niveau du cerveau, cette hormone, la ghréline, a été injectée à des souris de laboratoire. Au cours de cette expérience, S.Diano constate que les souris mémorisent plus d’éléments nouveaux dans leur environnement. De façon complémentaire, elle constate aussi que la ghreline se fixe directement sur l’hippocampe, une structure impliquée dans la mémoire. Cette fixation est corrélée à une augmentation du nombre de connexions entres les neurones, de sorte que l’activité cérébrale dans cette région (l’hippocampe) soit accrue.  

Ces 2 résultats congruents permis à S.Diano d’expliquer le rôle de la ghreline au niveau du cerveau et plus précisément son lien avec la mémoire.

 Le lien décrit par S.Diano, entre la faim et la mémoire serait commun à un grand nombre d’espèce dont l’homme et obéirait à une logique de survie. Lorsque nous avons faim, nous devons être capable de faire appel au centre de la mémoire pour nous souvenir des endroits où nous pourrons nous nourrir.

Ainsi, lorsque nous avons faim, la ghréline agit sur le cerveau et notamment sur le centre de la mémoire (hippocampe), ce qui va nous permettre de plus facilement mémoriser une « bonne » pratique.

Conclusion :

Nous pouvons conclure de cette étude, que certains moments de la journée sont plus propices que d’autre pour transmettre une « bonne » pratique. En effet, il existe des périodes dans la journée où notre cerveau est plus « disponible» pour mémoriser de nouvelles informations. Cela est corrélé à la libération de la ghréline, une hormone de la faim, qui va renforcer nos capacités de mémorisation. Ainsi les « bonnes » pratiques managériales présentées avant la pause déjeuner ou le gouter, seront mieux mémorisées.

Pour en savoir plus :

Diano S et al. 2006. Ghrelin controls hippocampal spine, synapse density and memory performance. N  ature Neurosciences. Vol 9 n°3, 381-8.