La revanche des saltimbanques…

Un matin de septembre, sur le parking de Center Park, une centaine de comédiens assistent à un dernier brief avant l’entrée en piste des participants : pas moins d’un millier de visiteurs médicaux d’un grand labo français venus se former aux techniques de communication…Endossant le rôle du médecin, le comédien va se transformer en sparring-partner d’une journée pour des VM prêts à en découdre…Préparation millimétrée, organisation au cordeau, gigantisme de l’opération façon tournage à la Cécil B. DeMille…C’était il y a 6 ans et je peux dire que j’y étais !

Comédiens, scénaristes, régisseurs, formateurs, concepteurs, ou bien tout ça à la fois, le saltimbanque investit l’entreprise…En effet, on ne compte plus le nombre d’intervenants présents sur la scène florissante du théâtre d’entreprise.

Apparu au Québec dans le milieu des années 80, le théâtre d’entreprise compte en France un nombre considérable d’acteurs qui interviennent sur un marché en pleine croissance : Théâtre à la Carte, Changement de décor, Lever de Rideaux, Guichets Fermés, Trilog ou Decommedia tiennent la corde.

Pourquoi ce boom ? Il est vrai que les années 80 ont marqué un tournant dans la vie des entreprises, et par ricochet dans celles des salariés ; concurrence rude sur les marchés, management de la performance générateur de pression et de stress, rythmes effrénés, individualisme exacerbé, n’ont pas épargné des salariés en perte de repères dans des collectifs où le lien social s’est distendu.

Etre sérieux sans faire sérieux ! Le théâtre offre aux collaborateurs une capsule d’oxygène leur permettant de sortir d’un cadre trop formel, d’expérimenter par le jeu des choses nouvelles, de réapprendre ensemble en créant du lien…La règle des 3 unités (de lieu, de temps et d’action), si chère au théâtre, arrive alors en renfort : elle apporte de la stabilité aux comédiens, qui débarrassés des contingences vont pouvoir se concentrer sur une action simple mais concrète, pour un temps relatif et dans un lieu donné.

Le théâtre en entreprise, mais fichtre pour quoi faire ? Que ce soit pour aborder un sujet complexe, amener une prise de conscience collective ou sensibiliser sur de nouveaux comportements, les entreprises utilisent de plus en plus le théâtre en tant que modalité pour communiquer ou former leurs salariés.

Plus le sujet sur le fond est délicat à traiter, plus son traitement sur la forme se doit d’être original et soigné. Ainsi, les thèmes de la discrimination au travail, du harcèlement ou encore du stress sont devenus des sujets quasi génériques du théâtre d’entreprise, à côté d’autres à priori « plus légers » comme la motivation des commerciaux, un déménagement de site ou encore le départ à la retraite d’un dirigeant…

L’effet est garanti sur facture : par son effet cathartique, en libérant rires et émotions, le théâtre offre un regard décalé et drôle sur l’entreprise et ses salariés, tout en restant neutre et bienveillant ; il apporte ce qu’aucun Powerpoint de la Terre n’arrivera jamais à produire : créer un marqueur fort dans l’imaginaire collectif de l’entreprise et renouveler le stock de souvenirs et d’anecdotes à raconter dès lundi à la machine à café ou en réunion.

La formule est pourtant simple et bien rôdée : briefing client et interviews, conception du scénario, écriture des scènes/saynètes, répétition, pré-validation, répétition générale, validation  et enfin représentation publique le jour J…Véritable modalité à tiroir, le théâtre peut aussi se décliner de différentes façons : représentation en ouverture/clôture de séminaire, formation à base de techniques théâtrales, coaching/training, team-building, tournages de films, etc.

Alors, pas sérieux le théâtre…c’est une plaisanterie ou quoi !

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