Pourquoi est-il difficile de se confronter à l’opinion majoritaire ?

Lorsque nous travaillons en groupe, il devient difficile de savoir ce que nous pensons réellement. Pour la plupart d’entre nous, nous sommes de tels animaux sociaux que nous adhérons instinctivement aux opinions du plus grand nombre, souvent sans nous en rendre compte, alors que nous n’avons pas nécessairement une conviction réelle. Nous adoptons alors un comportement grégaire et suiveur.

Mais comment expliquer qu’il soit si difficile de se confronter à l’opinion majoritaire ?

Tout simplement, par peur du rejet social. En effet, il est plus facile d’approuver par un hochement de tête, l’idée d’un de nos collaborateurs qui semble faire l’unanimité, que de s’y opposer ouvertement, au risque d’être rejeté. Les bases cérébrales à l’origine de cette peur du rejet social, ont été misent en évidence par cette expérience neuroscientifique :

  • Le neurologue Berns GS, a demandé à des sujets volontaires d’évaluer des extraits musicaux disponibles sur Internet

 

Dans une seconde partie de l’expérience, l’évaluation moyenne de l’ensemble des internautes (les pairs) était révélée aux sujets qui devaient alors donner une seconde évaluation

 

Lors de ces 2 évaluations, l’activité cérébrale de chacun des sujets était mesurée à l’aide de l’imagerie cérébrale (IRM fonctionnelle)

 

Les résultats de l’expérience ont révélé que dans le cas d’un conflit entre l’avis personnel et l’avis collectif, une structure cérébrale déjà étudiée dans les contextes de malaise ou de rejet était activée proportionnellement à l’intensité du conflit. Il s’agit du cortex insulaire. Dans ce cas de figure, la majorité des sujets modifiaient leur jugement s’ils étaient contraires à ceux des paires

 

Ainsi, un décalage entre l’évaluation du sujet et celui des internautes (les pairs) suscite inconsciemment un sentiment de malaise et de rejet, qui doit être réduit ou éliminé en réévaluant par exemple son appréciation

Cette expérience révèle que certaines structures cérébrales s’allument lorsque nous avons à faire à un conflit interne. Le neurologue Berns GS, a aussi démontré que les sujets qui ne se confrontent pas à l’opinion majoritaire présentent une augmentation de l’activité de l’amygdale, identifiable à l’aide de l’imagerie cérébrale (IRM fonctionnelle). Il en conclue que cette  structure cérébrale largement étudiée dans le contexte de la peur, est également associée au sentiment de rejet social, ce qui l’a appelé « la douleur de l’indépendance »

Conclusion

Ces expériences montrent à quel point le respect de la conformité sociale dicte les préférences et les choix des individus qui y adhèrent. Il faut alors se méfier de la recherche d’un consensus car désireux de résoudre notre conflit intérieur ou de l’éviter, nous choisirons le plus souvent, sans conviction, d’adhérer à l’idée du plus grand nombre par peur d’être rejeté. Le « on est au moins d’accord sur ceci » donnant l’impression que nous œuvrons dans la bonne direction, le consensus étant une source de réassurance. Mais le problème est ‘il pour autant résolu … ?

Pour en savoir plus

Berns G.S et al., « Neural mechanisms of the influence of popularity on adolescent ratings of music », NeuroImage, 49, 2687-2696 (2010)

Berns G.S et al., «  Neurobiological correlates of social conformity and independence during mental rotation », Biol Psychiatry, 1 ;58 (3):245-53 (2005)

 

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