Confiance et collaboration entre Dieux et Gaziers

Un bloc opératoire vit souvent au rythme des perceptions, chaque métier en présence par les autres (chirurgien, infirmière, anesthésiste, brancardier…).

On dit souvent « lui c’est un gazier, la vie du patient pendant l’opération dépend de lui » ou « lui, il se prend pour Dieu, car il se voit faire des miracles et sauver la vie des patients». Cela fait partie de la culture de cet écosystème avec ses codes, ses comportements et ses relations implicites ou explicites.

Ces perceptions mutuelles génèrent souvent défiance, inertie voire blocage dans les transformations. L’exemple récent des difficultés d’utilisation de la check-list de la Haute Autorité de Santé (HAS) au bloc opératoire en est une belle illustration.

Petit retour en arrière

Devant le nombre d’erreurs au bloc opératoire – nombre jugé encore trop important, l’Organisation Mondiale pour la Santé (OMS) puis la Haute Autorité de Santé ont décrété la nécessité de diviser par deux le nombre d’erreurs.

Comment ? Par la lettre, mais surtout par l’esprit de la check-list issue du monde transport :

La lettre : la check-list permet de faire partager – lors d’un bref temps de prise de recul programmé – à l’ensemble des acteurs d’un bloc les objectifs et la stratégie à adopter en cas de difficultés. Partager ce temps d’arrêt permet de prendre en compte les contraintes de l’autre et renforce indubitablement la nécessaire synergie d’équipe tant réclamée.

L’esprit : les nouveaux comportements liés à l’usage de la check-list génèrent confiance commune, respect des différents métiers, bon équilibre implicite / explicite à des moments critiques des actes opératoires, mais aussi dans la vie au quotidien du bloc

Constat à 18 mois

Les difficultés ? Le délai court imposé n’a pas permis de prendre le temps d’informer et de convaincre sur l’esprit de la check-list et surtout sur l’évolution des comportements nécessaires.

Les Dieux et les Gaziers ont un rôle managérial clé, car dans encore de nombreux blocs on assiste à la cohabitation de deux équipes en silo pour traiter un même patient : l’équipe en charge de l’anesthésie et l’équipe chirurgicale.

Au bout de 18 mois de la date d’entrée en application de cette exigence, nous assistons à une lente appropriation de la check-list avec un sens plus ou moins proche de l’esprit initial : véritable outil d’équipe pour les uns, papier de plus à remplir pour certains, audit / contrôle pour les autres.

Et après …

Pour relever ce défi, les procédures (la lettre des check-lists) ne suffisent pas voire ne servent à rien et font donc perdre de l’argent si les leviers culturels ne sont pas abordés.

Dans ce cadre l’esprit doit être abordé au plus profond de l’expérience de chaque individu concerné (chirurgien anesthésiste, infirmier…)

Sur les perceptions mutuelles : Quelle perception ai-je des gaziers ? Que pense Dieu ?

Quelle est ma motivation à travailler sur un défi d’intérêt général ?

Dans d’autres secteurs ?

Ces problématiques de perception des outils (la lettre et l’esprit) et/ou de perception entre métiers (les volants et les rampants dans le transport aérien, les consultants et les informaticiens dans les grandes sociétés IT… ) sont rarement ou peu traitées… Pourtant c’est l’un des principaux leviers d’évolution culturelle d’un écosystème…

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